Les capitaines de paroisses

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Les capitaines de paroisses

Message par le bocain le Dim 20 Juil - 19:04

extrait des mémoires de Canuel qui donnent une définition intéressante du capitaine de paroisse (l'organisation est celle de la grande armée de 93, mais ne devait pas différer dans les compagnies de Stofflet en 94) :

Chaque corps d’armée est formé de plusieurs divisions, commandées par des officiers qu'on appelle divisionnaires, et qui sont nommés par le commandant du corps d'armée dont ils font partie (…)

Les divisions se composent de vingt ou trente paroisses, plus ou moins, en raison ces localités. Chaque paroisse, à laquelle on peut donner le nom de compagnie, est commandée, selon sa population, par un ou deux capitaines choisis par les paysans. C'est toujours le plus intelligent et le plus brave qui obtient la préférence. Il est rare de voir de mauvais choix.

Les capitaines ont sous leurs ordres un lieutenant ou capitaine en second, et des sous-officiers en nombre indéfini ; comme ils ne touchent point de solde, on ne craint pas de multiplier ceux qui sont en grade.

Le capitaine de paroisse est celui de tous les officiers de l'armée, sans exception, qui a le plus d'influence ; s'il ne voulait pas marcher, il est presque certain que sa paroisse imiterait son refus. Dans le combat, si le capitaine se retire, sa compagnie le suit, et ce funeste exemple gagne de proche en proche toute l'armée. Alors chacun s'enfuit et rentre chez soi.

Si, de ce que nous venons de dire du capitaine de paroisse, et de la confiance qu'il inspire à ses subordonnés, l'on concluait, d'une manière absolue, que lui seul a de l'autorité, et que celle des généraux n'est rien, ou n'est qu'un accessoire presque nul, on se tromperait grandement. Le capitaine ne peut rien par lui-même sur la masse des choses ; il n'a de pouvoirs que sur les individus pris isolément, et seulement lorsqu'ils sont appelés ; car il ne dépend pas de lui de faire ou de ne pas faire une insurrection : il tenterait en vain un mouvement, si l’ordre ne venait pas de plus haut que lui ; de même qu'il ne l'empêcherait pas si l’ordre était donné.

Ainsi, le capitaine ne tire sa force que de la confiance qu'ont les soldats dans tel ou tel chef. Si, par exemple, M. de La Rochejaquelein fait un appel aux armes dans la contrée sur laquelle s'étend son influence, les capitaines de paroisse lui servent d’échos, et répètent ce cri, qui est entendu de tout le monde ; mais avant tout on se demande : Qui est-ce qui nous appelle ? et pour qui nous appelle-t-on ? C'est M. de La Rochejaquelein ; c'est pour le Roi. Cela suffit, tout est debout. Alors seulement, le capitaine devient un homme important.

La puissance des généraux, dans ce pays, est une puissance morale sur laquelle s'appuie celle des chefs inférieurs, qui ne serait rien sans elle.

Mémoires sur la Guerre de la Vendée en 1815, par M. S. Canuel, lieutenant-général des armées du Roi, Paris, Dentu, 1817, introduction pp. xxi-xxiii
avatar
le bocain
Admin

Messages : 120
Date d'inscription : 10/07/2014

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Les capitaines de paroisses

Message par L'Hermine (Benoit.G) le Lun 21 Juil - 7:52

Extrêmement intéressant, merci Le Bocain ! Very Happy 

Il nous faudra donc aussi élire un Capitaine De Paroisse !
avatar
L'Hermine (Benoit.G)
Admin

Messages : 229
Date d'inscription : 07/07/2014
Localisation : Bretagne - Côtes d'Armor

Voir le profil de l'utilisateur http://chasseursdestofflet.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum